La vie quotidienne à l’Elysée sous Jacques Chirac

1996. Premier mandat de Jacques Chirac. Voilà presque un an que le cinquième président de la Ve République a pris ses fonctions. Il a imprimé un style inédit dans la gestion du temps, entièrement tournée vers le travail. Et inauguré une nouvelle méthode, à la fois plus collective et plus directe, pour changer le cours des choses. En déployant sa formidable énergie. Et en entraînant une équipe dévouée à la cause.

Du coup, la pièce la plus importante du palais n’est pas le bureau du président, mais la salle de réunion adjacente. Autrefois antichambre du bureau présidentiel, Chirac  décide, dès son arrivée, de la consacrer au travail en équipe et établit de nouvelles règles du jeu: un pour tous, tous pour un , mais disponiblité totale. Ayant fait revenir de vacances son n° 2, Jean-Pierre Denis, pour relire ses voeux le 31 décembre, il lui dit tout à trac: «Maintenant que vous êtes là, rendez-vous demain matin pour discuter des vraies raisons du trouble.» Grasse matinée interdite pour ce lendemain de réveillon.

Ses journées commencent à 8 h 30 par un point de situation avec Dominique de Villepin, le secrétaire général. Chirac adore faire le point, à l’image de ces chefs militaires soucieux de toujours savoir l’état exact de la situation. Deux fois par jour, le président ouvre une chemise baptisée «Courrier», qui contient fiches d’appel, lettres, notes, dépêches. Tout repart rapidement, annoté de sa main, avec souvent de longs commentaires. Audiences, coups de téléphone (instrument de travail de base de Chirac), repas arrosés de bière Kronenbourg (la K, la plus légère, ou la 1664), les heures passent, essentiellement studieuses.

Pas ou peu de loisir pour ce bourrreau de travail. Même les week-ends de Jacques Chirac sont studieux. Dans sa fameuse pièce de réunion, il passe des heures avec ses conseillers à relire des discours, préparer des voyages, monter un dossier. Le président corrige lui-même les textes, jusqu’à ce que le produit final lui paraisse impeccable. Quel que soit le sujet, la méthode est la même. Chirac confronte les points de vue, suivant l’un de ses préceptes favoris selon lequel «il y en a plus dans deux têtes que dans une». Ainsi s’élabore la politique de la France autour d’une table ovale recouverte de feutre vert émeraude. La simplicité de Chirac facilite les choses. Si chacun doit savoir rester à sa place, tous sont sommés de tout dire, même les remarques les plus désagréables. Seuls quelques collaborateurs, dans la vie quotidienne, entrent à l’improviste dans le bureau du président: Villepin, Denis, Landrieu, Maurice Ulrich et, bien sûr, Claude Chirac. Mais tous  savent qu’ils peuvent toujours avoir accès au président en cas d’urgence.

Pour mieux diversifier ses sources d’information, le chef de l’Etat a composé une équipe venant d’horizons divers. Il y a les technos classiques, mais aussi des personnalités plus politiques (comme les anciens ministres François Baroin, Elisabeth Hubert ou Alain Devaquet) et nombre de consultants extérieurs, dont le très écouté conseiller en communication Jacques Pilhan.

Mais il reçoit aussi nombre de personnalités de la «société civile» à déjeuner : patrons, intellectuels, politiques de tous bords… François Pinault, Jean-Marie Messier, Denis Tillinac, Régis Debray, Jean-Claude Guillebaud, Emmanuel Todd ne sont que quelques-uns de ses convives. Pendant les grèves, il a convié des jeunes de banlieue et des facs à venir le voir en secret, un dimanche à l’Elysée. Plusieurs heures de dialogue serré. Le président fait preuve une fois de plus de son ouverture d’esprit.

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