Interview de Jacques Chirac au quotidien tchèque « Mlada Fronta Dues » le 3 avril 1997

Jacques Chirac et Vaclav Havel

Cette interview de Jacques Chirac portait sur les relations franco-tchèques, l’élargissement de l’OTAN et le calendrier de l’adhésion de la République Tchèque à l’Union européenne.

Circonstances : Voyage officiel en République Tchèque les 2 et 3 avril 1997

QUESTION.- Monsieur le Président, pendant votre visite en République Tchèque, on va beaucoup parler de l’entrée de notre pays dans la structure européenne. Qu’est-ce que vous voulez dire à ce propos ?
– LE PRÉSIDENT.- Je suis heureux d’être invité en République Tchèque. Le peuple tchèque est un grand peuple, avec une longue histoire, une grande culture, et qui a toujours eu dans cette histoire des liens très étroits avec la France. Et puis, nous nous sommes un peu éloignés, il y a eu, c’est vrai, la honte de Munich, qui est restée présente dans les esprits chez les Tchèques et chez les Français. Et puis, il y a eu 1948 et ses conséquences. Le moment est venu de retrouver toute notre amitié et toute notre confiance, fondées sur nos traditions, sur notre culture commune, sur notre histoire.
– Pour ce qui concerne l’Union européenne, tout le monde sait que la République Tchèque sera dans la première vague, la première série d’adhésions, et j’espère que ceci pourra se produire pour l’an 2000. Je crois que c’est important pour l’Europe que la République Tchèque soit à l’intérieur, pour l’Europe de la paix, pour l’Europe du développement, pour l’Europe du progrès social, pour une certaine vision de l’Homme européen.
– Pour ce qui concerne la sécurité, la République Tchèque souhaite à juste titre entrer dans l’OTAN élargie, et personne ne doute que ceci doit intervenir à l’occasion du sommet de l’OTAN des 8 ou 9 juillet à Madrid, et naturellement la France est très favorable à ce que la République Tchèque, comme cela est prévu aujourd’hui, puisse engager en juillet les procédures d’entrée dans l’OTAN, de façon à être un membre à part entière de l’OTAN le plus vite possible, c’est-à-dire en 1999.
– Voilà la position de la France dans ces deux domaines. Et d’ailleurs, quand je parlerai au Président Havel ou quand je parlerai au Premier ministre Klaus, ce n’est pas à l’un des candidats à l’entrée dans l’Europe que je parlerai, c’est à un des partenaires de demain de l’Europe. C’est différent.
QUESTION.- Monsieur le Président, vous êtes connu comme un connaisseur des questions qui touchent à la Russie. On sait que vous parlez russe aussi…
– LE PRÉSIDENT.- Je le parlais, j’ai beaucoup oublié…
– QUESTION.- Oui.- Vous pensez que la Russie peut tirer profit sur le plan diplomatique, s’il y a des conflits entre les États-Unis et l’Europe ?
– LE PRÉSIDENT.- Vous savez, d’abord je ne vois pas de conflit entre les États-Unis et l’Europe. Je ne les vois pas et je ne les imagine pas. Il y a au sein de l’OTAN une solidarité.
– Deuxièmement, la Russie est un pays qui connaît actuellement des difficultés, mais il ne faut jamais oublier que c’est un grand pays et un grand peuple. Et on ne doit pas agresser ou humilier la Russie. L’Europe doit pouvoir vivre dans la sérénité avec la Russie. C’est la raison pour laquelle je crois que la France a été le premier pays à proposer un accord, un pacte, une charte entre l’OTAN et la Russie. Et le principe de cet accord a été confirmé il y a quelques jours à Helsinki, entre le Président Eltsine et le Président Clinton. Nous sommes très satisfaits de cela.
– QUESTION.- Vous croyez que c’est la frontière où l’on peut aller si les Russes demandent quelque chose encore ?
– LE PRÉSIDENT.- Je crois que l’on peut très bien trouver un accord avec la Russie. J’en suis tout à fait sûr. Il y a une position ferme de la part de l’OTAN, qui est l’élargissement, en tous les cas à la République Tchèque, à la Hongrie et à la Pologne. Nous, nous souhaitons plus large, puisque, vous le savez, la France souhaite beaucoup que la Roumanie puisse faire partie de la première vague d’élargissement de l’OTAN, de façon à renforcer le processus démocratique qui s’est enraciné en Roumanie et deuxièmement de façon à renforcer le flan Sud de l’OTAN, notamment face aux difficultés que nous connaissons dans les Balkans.
QUESTION.- Vous avez déjà parlé des liens historiques entre nos deux pays avant la guerre. Plusieurs généraux français ont travaillé dans l’armée tchécoslovaque, il y a eu des généraux tchèques qui ont étudié en France. Vous croyez que l’on peut recommencer de nouveau ?
– LE PRÉSIDENT.- Je pense que lorsqu’il y a entre deux peuples des racines historiques et une culture en partie commune, cela continue toujours. Il peut y avoir des hauts et des bas. Les événements peuvent nous éloigner ou nous rapprocher. Mais ces choses là ne peuvent pas disparaître. Les racines de nos relations culturelles ne disparaîtront pas.
– QUESTION.- Qu’est-ce que vous pensez du danger ultra-nationaliste en Europe, mouvements politiques populistes ?
– LE PRÉSIDENT.- Nous, nous disons les extrémistes. Cela existe. Cela existe malheureusement en France. Cela existe dans d’autres pays.
– Je crois que c’est une réaction de protestation contre la rapide évolution du monde, de la vie, des changements. Alors il y a des gens qui ont des difficultés pour accepter les évolutions et qui, en tous les cas c’est vrai pour la France, protestent.
– Alors dans les années 1950, en France, ceux qui protestaient votaient communiste. Ils n’étaient pas communistes. Mais c’était une manière de protester. Les communistes ont été jusqu’à près de 30 % en France. Il y avait parmi ces communistes beaucoup de gens qui n’étaient pas communistes mais qui protestaient.
– Nous voyons aujourd’hui dans les thèses ultra-nationalistes aussi une part importante de protestation contre la construction européenne, contre la mondialisation, contre l’évolution des choses.
– J’espère que ce n’est qu’une crise provisoire.
QUESTION.- Quand vous avez été élu à Paris pour couvrir les élections, nos diplomates à l’Ambassade étaient ravis que vous soyez élu pour deux raisons : parce que Madame Chirac aime Prague et parce que vous aimez la bière. Est-ce que vous pouvez commenter pourquoi votre femme aime Prague, elle l’a visitée plusieurs fois ? Pourquoi vous, un Français, vous préférez la bière plutôt que le vin ?
– LE PRÉSIDENT.- Quand en 1989, quand le mur de Berlin est tombé, ma femme a eu l’idée de créer une association qui s’appelle le Pont Neuf, le pont entre l’Europe occidentale et l’Europe centrale, pour faire les échanges de jeunes, d’étudiants et aussi des échanges par exemple de médecins, de chercheurs, de gens déjà plus hauts dans la hiérarchie.
– Elle a commencé avec Prague, elle est allée à Prague pour cela. Cela a très bien marché. On a eu beaucoup d’échanges, des bourses pour des jeunes étudiants ou des étudiants confirmés, notamment des médecins tchèques qui sont venus en France, des Français qui sont allés à Prague.
– Alors pourquoi a-t-elle commencé par Prague ? Je crois que c’était parce qu’elle considère que c’est la plus belle ville d’Europe. Elle aime beaucoup Prague.
– Et la bière, vous savez moi j’aime bien le vin, je n’abuse pas, j’aime le bon vin, je n’abuse pas. Mais la bière a un avantage c’est que cela désaltère, vous comprenez désaltérer, cela coupe la soif et il n’y a pas trop d’alcool dedans, beaucoup moins que dans le vin. Alors on peut boire davantage.
– LE PRÉSIDENT.- J’aime beaucoup la bière tchèque, oui, naturellement. La blonde parce qu’il y a plusieurs sortes de bières.
– On m’a dit que la bière de République Tchèque était très bonne parce que l’eau était très pure. Je ne sais pas si c’est vrai (Le Journaliste : cela dépend des brasseries) en tous les cas on m’a dit que la bière tchèque était très bonne parce que l’eau était très pure.

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