Les amitiés arabes de Jacques Chirac

Dans sa biographie ‘‘Chaque pas doit être un but ‘’, Jacques Chirac mentionnait sa facilité de contact avec les dirigeants arabes : «J’aurai toujours une grande facilité de contact avec les chefs d’Etat arabes, peut-être parce que ceux-ci pratiquent une forme de franchise peu fréquente chez leurs homologues occidentaux».

Il faut lui reconnaître son amitié à beaucoup de dirigeants arabes  : le roi Fahd d’Arabie, le roi Hussein de Jordanie, Yasser Arafat – qu’il a reçu près de 30 fois entre 1995 et 2004 – ; Hosni Moubarak, Abdelaziz Bouteflika…

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Jacques Chirac et Rafik Hariri en 2002, lors d’une conférence sur l’aide économique au Liban

Mais surtout, Rafic Hariri, premier ministre du Liban, assassiné le 14 février 2005, comptait parmi les proches du président. Certes, leurs intérêts concordaient souvent, mais l’affection a aussi pris le pas sur les considérations politiciennes, comme lorsque Jacques Chirac a fait passer cette amitié avant les desseins politiques qu’il avait nourris avec la Syrie. C’est somme toute assez logique qu’à la fin du second mandat de Jacques Chirac, il aie été hébergé avec sa famille dans un appartement appartenant aux Hariri.

Ces liens d’amitié existaient aussi entre le Président français et S.M. le Roi Hassan II.  « Qu’il s’agisse des institutions, de l’économie, des droits de l’Homme, de l’éducation, de l’environnement, Sa Majesté le Roi Hassan II n’a cessé de promouvoir des réformes qui vont dans le sens du progrès et de l’adaptation du Maroc aux nouvelles réalités du monde », avait affirmé M. Chirac. En 1999, le défilé du 14 Juillet sera marqué par la présence de 500 membres de l’Infanterie de la Garde Royale. Une première: depuis le début de la Vème République, jamais une unité étrangère autonome n’avait défilé sur les Champs-Elysées.

Chirac et la corona

Jacques Chirac appréciant une bière bien désaltérante

Lors d’une interview au quotidien tchèque « Tyden », le 3 avril 1997, à la question « Pourquoi vous, un Français, préférez-vous la bière au vin? », Jacques Chirac répond : « J’aime le bon vin, je n’abuse pas. Mais la bière a un avantage, c’est que cela désaltère (…) cela coupe la soif et il n’y a pas trop d’alcool dedans, beaucoup moins que dans le vin. Alors on peut boire davantage. » Le président aime bien la bière, il ne s’en cache pas, et personne ne le blâmerait pour cela. Le président Jacques Chirac aime tout particulièrement la bière Corona, une bière mexicaine. Il est devenu en quelque sorte l’ambassadeur de  marque pour cette bière. Il se fait par exemple photographier, en compagnie de sa fille Claude, une Corona à la main.

Le cas Balladur

« J’avais confiance en Edouard Balladur », écrit Jacques Chirac dans ses « Mémoires ». Un imparfait qui en dit long sur la relation « de 30 ans » entre les deux ex-poulains de Pompidou, qui durera jusqu’en 1993.

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Jacques Chirac et Edouard Balladur en 1993

Chirac blessé dans sa confiance n’oubliera pas. Alors qu’il avait laissé Matignon à Balladur pour mieux se consacrer à la campagne présidentielle, son « poulain » se découvre l’ambition de briguer lui aussi la magistrature suprême. Ce sont deux visions de la droite qui s’opposent, plus libérale côté Balladur, plus républicaine côté Chirac, mais aussi deux ambitions. L’affrontement est sanglant, jalonné d’ »affaires », qui vont non seulement impliquer les deux hommes, mais aussi leur entourage personnel et politique. Témoin, l’affaire Karachi, qui voit se déchirer le PR balladurien François Léotard et le PR chiraquien Charles Millon. Ou encore l’affaire de la vente de terrains de Bernadette Chirac, que le Président pense téléguidée par Nicolas Sarkozy, alors Ministre du budget. On se souvient aussi de l’affaire Clearstream qui met à couteaux tirés Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin,

Jacques et François Hollande

Jacques et François… Hollande, c’est une rivalité qui s’est transformée en amitié au fil des ans. L’affaire débute en 1981, alors que Chirac, ancien Premier ministre, maire de Paris, chef du RPR, député sortant et François Hollande, jeune auditeur à la Cour des comptes, briguent la 3e circonscription de Corrèze. Chirac nargue son jeune rival : « Le nom de mon adversaire socialiste ? Il est moins connu que le labrador de Mitterrand ». Quelques jours plus tard, il voit débarquer dans une réunion publique à Neuvic un jeune perturbateur. Sommé de se présenter, celui-ci répond : « Je suis François Hollande, celui que vous comparez au labrador de Mitterrand ». Chirac apprécie le courage et l’humour de son adversaire.

Deux qualités qu’il se plaira toujours à lui reconnaître. Les deux hommes se rencontrent régulièrement en Corrèze, dont François Hollande a pris la présidence du conseil général. « Bernadette », conseillère générale de Corrèze, a beaucoup oeuvré pour le rapprochement entre les deux hommes. Sur le terrain politique, tout ne les oppose pas, comme en témoigne le soutien par Hollande de la loi de 2004 contre le port du voile en milieu scolaire. Une fois de plus, Chirac évoquera à ce propos le « courage » de son adversaire politique, qui s’est opposé à son camp et sa famille de pensée sur ce sujet délicat.

François Hollande et Jacques Chirac en 2011

Le 11 Juin 2011, quasiment trente ans, jour pour jour, après leur première rencontre , les deux hommes inauguraient, à Sarran, une exposition consacrée à la collection du collectionneur Peter Kwok, un grand amateur d’art chinois. Ce dernier avait promis à l’ancien président, lors de son récent déplacement en Chine, de mettre à sa disposition ses plus belles oeuvres en bronze et or. Ambiance résolument bon enfant entre le couple Chirac et le président du conseil général… petits fours, déjeuner et discours de circonstance, rien que de très convenu jusqu’à ce que Chirac annonce devant le parterre de journalistes, à propos de son ancien rival : « Maintenant, je peux en parler. Lui c’est l’avenir, parce qu’il va être candidat. Je voterai pour lui, certainement. » Surprise générale, à commencer par le premier intéressé. Et pourtant, tout Chirac est là, spontané et fidèle en amitié.

Jacques Chirac et le football

Chirac et les Bleus, arborant son maillot fétiche

Pour Jacques Chirac, après le sumo, il y a le football. Deux mondes bien différents ! Comme beaucoup de français, il vibre pour les champions du monde. Tout le monde peut le voir au Stade de France, avec une écharpe tricolore autour du cou, ou encore avec le maillot de l’équipe de France à la main, et même sur lui. Quelques jours avant que les Bleus ne gagnent la finale, Jacques Chirac s’enthousiasme : « C’est vraiment l’un des plus beaux jours de la vie du sport français. Je voudrais rendre un hommage particulier à Thuram, qui a été vraiment formidable. Une immense joie. Regardez, j’avais apporté ma mascotte [un maillot des bleus n°23]. Au nom de toute la France, je voudrais dire bravo à l’équipe de France. C’est superbe ! »

Chirac et le tabac

Les rapports de Jacques Chirac avec le tabac sont complexes. Fumeur impénitent jusqu’en 1988, il est vu toujours et partout cigarettes aux lèvres. Il finira par renoncer à cette mauvais habitude et à faire de la lutte contre la tabagie l’un de ses combats personnels. A tel point que la publication du premier tome de ses mémoires sera retardée… à cause de la photo de couverture montrant Jacques Chirac dans ses jeunes années, en train de fumer.

C’est donc cet ancien accroc qui a réussi à baisser drastiquement le nombre de fumeurs sous sa présidence, faisant passer le les ventes de cigarettes de 82 à 54 milliards entre 2002 et 2007. Selon le Pr Gérard Dubois, de l’Académie de Médecine, Jacques Chirac aurait permis de sauver 20.000 vies grâce à cette politique, durement ressentie par les accrocs de la nicotine. en effet, la hausse des prix du tabac sous Chirac avait été concentrée sur une année (+39% en trois fois sur un an), augmentant le prix moyen du tabac de 1,40 euros.

Service militaire

Juste après son mariage, de 1956 à 1957, Jacques Chirac effectue son service militaire, et est classé huitième à l’École de la Cavalerie de Saumur, dont il sort sous-lieutenant.

Ses supérieurs savent déjà que ce jeune homme qui a été reçu à l’ENA à l’automne 1954 a refusé la proposition que fait l’armée à tous les jeunes gens hautement diplômés : échapper à l’Algérie pour un confortable poste à l’état-major français de Berlin, mais il se porte volontaire et il est affecté, à partir du 1er avril 1956, au 11e puis 6e régiment de chasseurs d’Afrique, en poste à Souk-el-Arba dans le département de Tlemcen. Le 6e RCA a surtout pour mission de surveiller la population, de maîtriser les éventuelles embuscades, de déminer et reconstruire les pistes que de petits groupes de fellaghas détruisent régulièrement.

A la tête d’un peloton de 32 hommes du 3e escadron, chacun a déjà remarqué un jeune sous-lieutenant qui porte crânement le chapeau de brousse sur la nuque. Jacques Chirac a 23 ans, et pour les hommes qu’il dirige, le sous-lieutenant Chirac est d’abord un type chaleureux, qui marche à grandes enjambées, et paraît proche de chacun. Un officier qui, selon les souvenirs de son radio de l’époque, William, « dormait dans une mechta désaffectée pendant que nous étions sous la tente, mais faisait les corvées de peluche avec nous, près de la roulante ».

Opérations de bouclage et ratissage, contrôle du secteur le jour tandis que la nuit appartient au FLN, Chirac connaît la vie de milliers de ses compatriotes appelés sous les drapeaux en Algérie. Il en sort « fana-mili », partisan de l’Algérie française (sa conversion au Gaullisme n’intervient que plus tard) et très attaché aux algériens. Au cours de son service, il est blessé au visage, puis promu lieutenant au début de l’année 1957. Il est libéré de son service le 3 juin 1957.