L’association des Amis de Jacques Chirac

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Soirée des amis de Jacques Chirac à l’Assemblée en 2010

« Il y a un véritable élan de sympathie pour Jacques Chirac. On reconnaît son humanité, son intérêt pour les autres, on loue les 40 ans qu’il a donnés au service du pays ». En quelques mots, le député-maire de Troyes, François Baroin résume bience qu’inspire l’ancien président à ses fidèles. C’était lors d’une réunion de l’association « les Amis de Jacques Chirac », organisée par le député Henri Cuq, à l’Assemblée Nationale en 2001. Corréziens, anciens ministres,  cadres du RPR ou de la Mairie de Paris… l’association regroupera jusqu’à 15 000 adhérents, avant sa dissolution en 2002. C’est Bernard Pons, son président, qui l’a décidé après la réélection de Jacques Chirac.

Une structure au départ méconnue, avec peu de moyens, qui l’aura néanmoins soutenu lors de son combat contre Edouard Balladur. Pons prend la présidence de l’association en 1996 et en fera un véritable outil de bataille : au delà d’être la « garde de cœur » de Jacques Chirac, elle organise dîners et meetings, colloques et publications, remobilise militants et parlementaires.  Ce sera notamment elle qui permettra à Philippe Séguin de revenir dans le « giron » de la chiraquie ou qui fera émerger de jeunes, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, qui va devenir députée de l’Essonne.

Bernard Pons, après avoir qualifié son association de «Pénélope qui tissait les fils, préparait les réseaux», a estimé que «l’heure était venue de cueillir le fruit de ce patient travail. Nous sommes le creuset d’une mobilisation nouvelle avec un seul objectif: 2002», a-t-il lancé. Problème : l’association finit par rentrer en concurrence avec  l’UEM (l’Union en mouvement), première version de l’UMP. C’est donc logiquement que l’association se soit éffacée au profit de l’appareil, même si cela laisse un goût un peu amer au vrais amis de Jacques Chirac.

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Les amitiés arabes de Jacques Chirac

Dans sa biographie ‘‘Chaque pas doit être un but ‘’, Jacques Chirac mentionnait sa facilité de contact avec les dirigeants arabes : «J’aurai toujours une grande facilité de contact avec les chefs d’Etat arabes, peut-être parce que ceux-ci pratiquent une forme de franchise peu fréquente chez leurs homologues occidentaux».

Il faut lui reconnaître son amitié à beaucoup de dirigeants arabes  : le roi Fahd d’Arabie, le roi Hussein de Jordanie, Yasser Arafat – qu’il a reçu près de 30 fois entre 1995 et 2004 – ; Hosni Moubarak, Abdelaziz Bouteflika…

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Jacques Chirac et Rafik Hariri en 2002, lors d’une conférence sur l’aide économique au Liban

Mais surtout, Rafic Hariri, premier ministre du Liban, assassiné le 14 février 2005, comptait parmi les proches du président. Certes, leurs intérêts concordaient souvent, mais l’affection a aussi pris le pas sur les considérations politiciennes, comme lorsque Jacques Chirac a fait passer cette amitié avant les desseins politiques qu’il avait nourris avec la Syrie. C’est somme toute assez logique qu’à la fin du second mandat de Jacques Chirac, il aie été hébergé avec sa famille dans un appartement appartenant aux Hariri.

Ces liens d’amitié existaient aussi entre le Président français et S.M. le Roi Hassan II.  « Qu’il s’agisse des institutions, de l’économie, des droits de l’Homme, de l’éducation, de l’environnement, Sa Majesté le Roi Hassan II n’a cessé de promouvoir des réformes qui vont dans le sens du progrès et de l’adaptation du Maroc aux nouvelles réalités du monde », avait affirmé M. Chirac. En 1999, le défilé du 14 Juillet sera marqué par la présence de 500 membres de l’Infanterie de la Garde Royale. Une première: depuis le début de la Vème République, jamais une unité étrangère autonome n’avait défilé sur les Champs-Elysées.

Le fief corrézien de Jacques Chirac

La carrière électorale de Jacques Chirac commence en Corrèze, en 1965. Dès sa première tentative, à 33 ans, il parvient à s’implanter sur ces terres pourtant réputées de gauche. La Corrèze deviendra son fief électoral et peu à peu une pièce maîtresse dans son dispositif politique national. Jacques Chirac doit aux électeurs de ce département la plupart de ses mandats électoraux. Il a d’abord été élu conseiller municipal de Sainte-Féréole, le 14 mars 1965 (il conservera ce mandat jusqu’au 6 mars 1977, avant de devenir conseiller municipal à Paris). Deux ans plus tard, le 12 mars 1967, il devient député en enlevant à la gauche, au second tour et avec une maigre avance (537 voix), la 3ème circonscription de la Corrèze (Ussel). Inscrit au groupe parlementaire « Union des démocrates Vème République », il renonce à son mandat pour entrer au gouvernement (secrétaire d’État aux affaires sociales, du 7 avril 1967 au 31 mai 1968, dans le 4ème gouvernement Pompidou). En mars 1968, il est élu conseiller général (Vème République) du canton de Meymac, fonction qu’il occupera jusqu’en juin 1988. Lors des élections législatives du 23 juin 1968, il est réélu député, au premier tour, sous l’étiquette UDR. Là encore, il doit renoncer à son mandat pour exercer des fonctions ministérielles (secrétaire d’État à l’économie et aux finances, du 12 juillet 1968 au 20 juin 1969, dans le gouvernement Couve de Murville, poste qu’il occupera également dans le gouvernement Chaban Delmas, du 23 juin 1969 au 5 janvier 1971, où il deviendra ministre des relations avec le Parlement, du 5 janvier 1971 au 5 juillet 1972). Le 18 mars 1970, Jacques Chirac est élu président du conseil général de la Corrèze (poste qu’il occupera jusqu’au 28 mars 1979). Le 4 mars 1973, il est réélu au premier tour député de la Corrèze, pour une fois de plus, renoncer à son mandat et entrer au gouvernement (ministre de l’agriculture dans le 2ème gouvernement Messmer, du 6 juillet 1972 au 28 mars 1973, puis ministre de l’Intérieur dans le 3ème gouvernement Messmer, du 1er mars au 1er mai 1974). Le 7 mars 1976, il est élu conseiller régional de la Corrèze. A l’issue de son premier passage à Matignon (27 mai 1974-25 août 1976), à l’occasion d’une élection partielle (14 novembre 1976), il est réélu, au premier tour, député de la Corrèze. Dans les mêmes conditions, il est réélu député le 12 mars 1978 et le 14 juin 1981.

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Chirac dans son fief corrézien en 1986

Le 16 mars 1986, il est réélu député dans le cadre du nouveau mode de scrutin introduit par la gauche. Il démissionne de son mandat pour devenir une seconde fois Premier ministre (20 mars 1986-8mai 1988). Le 5 juin 1988, Jacques Chirac est une fois encore réélu député. Enfin, le 21 mars 1993, il est réélu, toujours au premier tour, une huitième et dernière fois député de la 3ème circonscription de la Corrèze (Ussel).

Ses amis politiques

Jacques Chirac suscite la fidélité et n’a jamais hésité à donner son amitié, même si ses déceptions en la matière sont restées dans les mémoires… il est vrai que des « amitiés de 30 ans » ne résistent pas toujours aux ambitions, comme peuvent en témoigner Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy.

Jean-Louis Debré et Jacques Chirac en 2011

Tel n’est assurément pas le cas de Jean-Louis Debré. Jamais la fidélité de l’ancien ministre de l’Intérieur et Président du Conseil Constitutionnel par la grâce de Jacques Chirac n’a fait défaut à son mentor. Si les deux hommes déjeunent et se promènent plusieurs fois par semaine ensemble, Jean-Louis Debré ne s’est jamais départi de son respect pour celui qu’il persiste à vouvoyer.

La plupart de ses anciens premiers Ministres comptent aussi au rang de ses amis fidèles : Jean-Pierre Raffarin, qui lui doit sa renommée hors des frontières du Poitou-Charentes, Dominique de Villepin, qui a toutefois fini par prendre ses distances avec l’ancien chef de l’Etat et bien sûr Alain Juppé, le « meilleur d’entre nous », selon la formule célèbre.

Le clan gaulliste ne compte plus les amis de Jacques Chirac, des barons comme Philippe Séguin, qui a pu déclarer un jour «Je crois avoir toujours été aux grands rendez-vous fixés par Jacques Chirac», Jacques Toubon, Philippe Marini ou Gérard Larcher à de plus jeunes talents, comme Valérie Pécresse, François Baroin ou encore Christian Jacob. Carrière oblige, ces derniers se montrent plus discrets avec Jacques Chirac depuis qu’ils sont rejoint « l’écurie » Sarkozy.

La vie quotidienne à l’Elysée sous Jacques Chirac

1996. Premier mandat de Jacques Chirac. Voilà presque un an que le cinquième président de la Ve République a pris ses fonctions. Il a imprimé un style inédit dans la gestion du temps, entièrement tournée vers le travail. Et inauguré une nouvelle méthode, à la fois plus collective et plus directe, pour changer le cours des choses. En déployant sa formidable énergie. Et en entraînant une équipe dévouée à la cause.

Du coup, la pièce la plus importante du palais n’est pas le bureau du président, mais la salle de réunion adjacente. Autrefois antichambre du bureau présidentiel, Chirac  décide, dès son arrivée, de la consacrer au travail en équipe et établit de nouvelles règles du jeu: un pour tous, tous pour un , mais disponiblité totale. Ayant fait revenir de vacances son n° 2, Jean-Pierre Denis, pour relire ses voeux le 31 décembre, il lui dit tout à trac: «Maintenant que vous êtes là, rendez-vous demain matin pour discuter des vraies raisons du trouble.» Grasse matinée interdite pour ce lendemain de réveillon.

Ses journées commencent à 8 h 30 par un point de situation avec Dominique de Villepin, le secrétaire général. Chirac adore faire le point, à l’image de ces chefs militaires soucieux de toujours savoir l’état exact de la situation. Deux fois par jour, le président ouvre une chemise baptisée «Courrier», qui contient fiches d’appel, lettres, notes, dépêches. Tout repart rapidement, annoté de sa main, avec souvent de longs commentaires. Audiences, coups de téléphone (instrument de travail de base de Chirac), repas arrosés de bière Kronenbourg (la K, la plus légère, ou la 1664), les heures passent, essentiellement studieuses.

Pas ou peu de loisir pour ce bourrreau de travail. Même les week-ends de Jacques Chirac sont studieux. Dans sa fameuse pièce de réunion, il passe des heures avec ses conseillers à relire des discours, préparer des voyages, monter un dossier. Le président corrige lui-même les textes, jusqu’à ce que le produit final lui paraisse impeccable. Quel que soit le sujet, la méthode est la même. Chirac confronte les points de vue, suivant l’un de ses préceptes favoris selon lequel «il y en a plus dans deux têtes que dans une». Ainsi s’élabore la politique de la France autour d’une table ovale recouverte de feutre vert émeraude. La simplicité de Chirac facilite les choses. Si chacun doit savoir rester à sa place, tous sont sommés de tout dire, même les remarques les plus désagréables. Seuls quelques collaborateurs, dans la vie quotidienne, entrent à l’improviste dans le bureau du président: Villepin, Denis, Landrieu, Maurice Ulrich et, bien sûr, Claude Chirac. Mais tous  savent qu’ils peuvent toujours avoir accès au président en cas d’urgence.

Pour mieux diversifier ses sources d’information, le chef de l’Etat a composé une équipe venant d’horizons divers. Il y a les technos classiques, mais aussi des personnalités plus politiques (comme les anciens ministres François Baroin, Elisabeth Hubert ou Alain Devaquet) et nombre de consultants extérieurs, dont le très écouté conseiller en communication Jacques Pilhan.

Mais il reçoit aussi nombre de personnalités de la «société civile» à déjeuner : patrons, intellectuels, politiques de tous bords… François Pinault, Jean-Marie Messier, Denis Tillinac, Régis Debray, Jean-Claude Guillebaud, Emmanuel Todd ne sont que quelques-uns de ses convives. Pendant les grèves, il a convié des jeunes de banlieue et des facs à venir le voir en secret, un dimanche à l’Elysée. Plusieurs heures de dialogue serré. Le président fait preuve une fois de plus de son ouverture d’esprit.