Contre la fracture urbaine et sociale

Conférence de presse à la préfecture d’Amiens (Amiens, Somme, le 26 avril 1996)

Seul un plan d’action global peut aider les quartiers en difficulté. Un plan qui comporte à la fois des mesures économiques et sociales et vise tant le retour de la paix publique que le rétablissement de l’égalité des chances. Au cœur de ces mesures, il y a la création des zones franches urbaines, destinées à favoriser la création d’activités et d’emplois.

[…] Je rappelle très rapidement que je suis venu en Picardie, et plus précisément à Amiens, d’abord parce que cette région, d’une part, connaît des problèmes sociaux liés au chômage, plus graves encore que la moyenne nationale, et d’autre part – c’est vrai au niveau de la région, du département et de la ville d’Amiens -, c’est une région particulièrement dynamique et imaginative, qui ne se laisse pas abattre. J’ai donc souhaité voir de plus près ce qui se faisait ici et qui souvent est exemplaire.

L’un des points importants de l’observation que je voulais faire porte naturellement sur les quartiers en difficulté, puisqu’il y en a à Amiens, notamment les quartiers d’Amiens-Nord que nous avons visités hier et qui feront l’objet d’une expérience. Ce quartier sera l’un de ceux qui feront l’objet de l’expérience particulière que sont les zones de défiscalisation et la création des emplois-ville pour les jeunes. C’est-à-dire le début d’application du plan global qui a été lancé pour tenter de répondre le mieux possible aux problèmes posés par un certain nombre de quartiers en difficulté sur l’ensemble du territoire national.

C’est un plan global, puisqu’il tend à la fois à créer des activités et des emplois, à rétablir la paix publique, qui est un élément naturellement important pour la vie, à améliorer dans la mesure du possible la prise en charge des jeunes dans ces quartiers, à rénover et à diversifier les logements et à renforcer les partenaires de la ville, c’est-à-dire renforcer une politique de concertation en amont et en aval des décisions et une politique de partenariat entre les différents responsables publics ou associatifs des problèmes.

Ce plan s’attaque à la fois aux problèmes économiques et aux problèmes sociaux. Aux problèmes économiques des quartiers en difficulté, par la mise en place de zones défiscalisées et d’emplois-ville (il devrait y avoir la création de cent mille emplois jeunes-ville), et aux problèmes sociaux puisque son objectif est d’essayer de rétablir l’égalité des chances par une meilleure prise en charge des jeunes des quartiers, à l’école notamment, en développant une réforme à laquelle je suis, vous le savez, attaché. Cette réforme sera longue à mettre en place. C’est celle de l’aménagement des rythmes scolaires, permettant à la fois de donner aux jeunes davantage de chances d’accéder aux disciplines de la sensibilité, aux enseignements artistiques, à la culture, et aussi leur permettant une amélioration sensible des activités sportives et donc une prise en charge sur la journée plus importante au détriment, je l’espère, de la galère dans les rues. Ces quartiers l’auront en priorité. […]

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Contre le chômage et la fracture sociale

Adresse aux préfets (Paris, le 22 mai 1995)

Le chômage ronge la cohésion nationale. Dès sa prise de fonction, Jacques Chirac veut faire de la lutte contre ce fléau la priorité de l’action de l’État. Les préfets en seront les fers de lance : ils devront inventer, multiplier les solutions nouvelles et mobiliser l’engagement total de l’administration. Pour cette action prioritaire, chacun d’entre eux sera jugé sur ses résultats : le Président y veillera personnellement.

Je ne viens pas présider votre réunion, mais je tenais, à l’ouverture de celle-ci et en plein accord avec le Premier ministre, à m’exprimer sur un point capital.
Alors que le chômage ronge notre pays et menace la cohésion nationale, je viens vous dire que je veux que vous soyez, chacun dans votre département, les fers de lance de notre bataille pour l’emploi.
Le Premier ministre va vous dire ce qu’il attend précisément de vous et exposera demain à l’Assemblée nationale et mercredi au Sénat la politique du gouvernement pour l’emploi.
Il ne s’agira pas, pour vous, de continuer ce qui, jusqu’ici, n’a pas donné de résultats suffisants.
Vous, sur le terrain, en liaison étroite avec tous les acteurs de la vie économique et sociale, vous allez devoir inventer, essayer, évaluer, multiplier les solutions nouvelles, encourager les initiatives originales, adapter les mesures générales et les ressources aux situations locales que vous connaissez mieux que personne.
Je viens vous dire, sans aucun ménagement, que je suivrai personnellement votre action. Sachez que je serai très attentif aux résultats de chacun d’entre vous. Sachez aussi que votre réussite sur l’emploi, dans votre département, sera le critère absolument essentiel d’appréciation de votre mérite et donc de sa reconnaissance.
Le peuple français a besoin de l’engagement total de l’administration de l’État dont vous êtes les chefs dans votre département. Il est prêt à nous suivre si nous montrons de l’imagination et de la détermination.
Le gouvernement vous soutiendra sans réserve : cette action doit être pour vous absolument prioritaire. Pour la mener à bien, vous devrez aussi changer de comportement et d’état d’esprit et vous serez jugés sur les résultats.
Nous devons vaincre le chômage. Cela dépend en partie de vous. Nous pouvons le faire. La France, sera plus forte, plus heureuse et plus unie.